Chamane ou facilitatrice ? Pourquoi je ne revendique pas de titre
Dernière mise à jour : il y a 23 heures

Depuis neuf ans, j'accompagne des personnes en soin et en cérémonie, comme facilitatrice de médecines ancestrales. Je travaille avec l'ayahuasca, le kambo, le bufo alvarius et le San Pedro, et j'enseigne la non-dualité lors de retraites en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. J'ai transmis mes connaissances à une équipe qui propose désormais des séances de kambo, entre autres à Strasbourg, Nice et Paris, et qui se déplace en fonction des demandes.
Pendant tout ce temps, une question revient souvent : « Mais alors, tu es chamane ? »
Ma réponse est simple : non. Et je n'en ressens pas le besoin.
Ce n'est pas un rejet. C'est un choix qui vient de ce que la vie m'a montré.
Des enseignants inattendus
Sur mon chemin, j'ai senti la visite de certaines médecines venues m'enseigner. L'ayahuasca, bien sûr, qui a été la première grande porte. Le kambo, cette médecine de la grenouille amazonienne, qui m'a appris l'humilité et la présence au corps. Le chiric sanango, qui est venu me montrer comment il libère les peurs.
Et puis, ce qui me fait toujours sourire : la lavande.
Oui, la lavande. Elle s'est présentée à sa manière, discrète et tendre. Elle est venue me montrer comment je pouvais l'utiliser, et comment elle pouvait me faire du bien.
Il y en a d'autres dont je pourrais parler : le cacao, la rose… Chacune avec sa façon d'enseigner.
J'y vois un message : l'enseignement ne se réserve pas à ce qui est rare, lointain ou impressionnant. Il est partout. Il attend simplement qu'on écoute.
Pourquoi je ne veux pas de titre
Si une plante de jardin peut m'enseigner, alors ce don d'écoute n'appartient à personne en particulier.
Je crois profondément que nous avons tous accès à ces dons. À l'intuition, au lien avec le vivant, à cette sagesse intérieure qui sait déjà ce dont nous avons besoin. Un titre risquerait de faire croire le contraire : qu'il y aurait d'un côté ceux qui savent, et de l'autre ceux qui doivent attendre qu'on leur donne.
Dans le chemin que je partage, notamment à travers Un Cours en Miracles, rien ne nous sépare vraiment. Ce que je reconnais en moi, je le reconnais en toi. Je ne veux pas me placer au-dessus de celles et ceux que j'accompagne. Je veux marcher à côté.
Chamane, guérisseuse, enseignante spirituelle, femme médecine… Pourquoi un titre ?
On m'a donné beaucoup de noms au fil des années. Chamane. Guérisseuse. Enseignante spirituelle. Femme médecine. Certains avec admiration, d'autres avec curiosité, parfois avec méfiance.
Aucun ne me ressemble tout à fait.
J'ai surtout la sensation de faire ce que j'ai à faire, quand la vie me demande de le faire. Un jour, c'est tenir un cercle de cérémonie. Un autre, c'est écouter quelqu'un au téléphone qui hésite à se lancer. Un autre encore, c'est simplement cueillir de la lavande. Je ne choisis pas toujours la forme. Je réponds.
Alors je me pose la question, et je vous la pose aussi : qu'est-ce que le titre vient valider ?
Mon expérience ? Elle est là, avec ou sans nom.
Ma légitimité ? Elle se voit dans la manière dont j'accompagne, pas dans la façon dont je me présente.
Ou est-ce une part de moi qui aurait besoin d'être reconnue, d'être placée un peu au-dessus ?
Si c'est cela, alors le titre ne m'aiderait pas. Il me séparerait. Et tout ce que j'enseigne m'invite au contraire à me souvenir que rien ne nous sépare vraiment.
Je ne juge pas celles et ceux qui portent ces noms. Chacun a son histoire, et parfois un titre est une manière honnête de dire d'où l'on vient. Pour moi, la question reste ouverte, et je préfère la laisser ouverte plutôt que de la refermer avec un mot.
J'honore celles et ceux qui portent ce nom
Je tiens à le dire clairement : j'ai un profond respect pour celles et ceux qui portent le nom de chaman, de curandero ou de taita, et pour les traditions qui les ont formés. Ces lignées ont préservé pendant des siècles une connaissance précieuse des plantes et des cérémonies. Sans elles, aucun de nous ne serait là.
Mon choix de ne pas prendre ce titre ne dit rien contre eux. Il dit seulement quelque chose de ma place à moi.
Chamans et facilitateurs : sortir de la compétition
Ce qui me trouble, ce n'est pas un mot. C'est la guerre qui se joue autour.
Chamans contre facilitateurs. Qui est le plus authentique ? Qui a le plus de légitimité ? Qui est le plus grand ? On voit ces débats se multiplier, parfois avec beaucoup de dureté.
Je comprends d'où ils viennent. Il y a des questions réelles de transmission, de respect des cultures, de sécurité. Mais quand la discussion devient une compétition, elle nous éloigne de l'essentiel : la personne qui arrive, souvent fragile, pleine d'espoir, et qui cherche simplement un peu de paix.
Cette personne n'a pas besoin qu'on se dispute pour savoir qui la mérite. Elle a besoin d'un cadre sûr, d'une écoute sincère et de quelqu'un qui reste humble.
Accompagner, ce n'est pas guérir à la place de l'autre
Ce que j'ai appris en neuf ans, c'est que ce n'est pas moi qui transforme qui que ce soit. Je tiens l'espace. Je veille à la sécurité. J'écoute. Mais le chemin, c'est la personne qui le parcourt, avec son courage, son ouverture et sa disposition à regarder ce qui se présente.
Me mettre au centre serait lui retirer quelque chose qui lui appartient.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un chaman et un facilitateur ?
Le mot chaman désigne traditionnellement une personne formée au sein d'une lignée, souvent amazonienne pour l'ayahuasca. Un facilitateur ou une facilitatrice accompagne les cérémonies sans revendiquer ce rôle : il ou elle tient le cadre, veille à la sécurité et soutient chacun dans son propre chemin.
Faut-il un chaman pour vivre une cérémonie d'ayahuasca ?
Ce qui compte avant tout, c'est un cadre sûr : une personne expérimentée, un entretien préalable, l'attention aux contre-indications médicales et un suivi après la cérémonie. Le titre importe moins que ces garanties.
Comment savoir si un accompagnant est sérieux ?
Posez-lui des questions sur son expérience, sur les contre-indications et sur ce qui se passe en cas de difficulté. C'est pour cela que je propose un échange téléphonique avant toute inscription à une retraite.
Ni au-dessus, ni en dessous
Alors non, je ne suis pas chamane. Je suis une femme qui a été enseignée par des plantes, des médecines, des rencontres, et qui essaie de transmettre cela avec honnêteté.
Ni au-dessus. Ni en dessous. Simplement à côté.
Et si une seule chose devait rester de cet article, ce serait celle-ci : ce que tu cherches à l'extérieur, tu y as déjà accès.





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